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Une fois qu'elle a quitté le
corps, l'âme, après certaines expériences dans d'autres mondes,
se dévêt de ses personnalités mentale et vitale et entre en
repos pour assimiler l'essence de son passé et se préparer
à une nouvelle vie. C'est cette préparation qui détermine
les circonstances de la nouvelle naissance, la guide dans
sa reconstitution d'une personnalité nouvelle et dans le choix
de ses matériaux. L'âme qui est partie ne garde le souvenir
de ses expériences passées que dans leur essence, non dans
le détail de leurs formes.
Lorsque l'âme reprend une personnalité
ou des personnalités du passé pour les faire participer à
sa manifestation présente, alors seulement il est vraisemblable
qu'elle se souvienne des détails de la vie passée. Autrement,
le souvenir ne peut venir que par la vision illogique.
L'âme après avoir quitté le corps,
voyage à travers plusieurs états ou plans jusqu'à ce que l'être
psychique se soit dépouillé de ses enveloppes temporaires
; elle atteint alors le monde psychique où elle repose dans
une sorte de sommeil jusqu'à ce qu'elle soit prête pour la
réincarnation. Elle ne conserve finalement de l'expérience
humaine que l'essence de tout ce qu'elle a vécu, ce qu'elle
peut utiliser pour son développement. Telle est la règle générale,
mais elle ne s'applique pas aux cas exceptionnels, ni aux
êtres très développés qui sont parvenus à un niveau de conscience
plus grand que celui de l'homme ordinaire.
Ce n'est pas l'âme qui prend
une forme moins élevée, c'est une partie de l'être manifesté,
habituellement une partie du vital et cela en raison d'un
désir, d'une affinité ou du besoin d'une expérience particulière.
Celle arrive assez souvent à l'homme ordinaire.
Au moment de la mort, l'être
sort du corps par la tête. Il sort dans son corps subtil et
va dans différents plans d'existence pendant une brève période,
jusqu'à ce qu'il soit passé par certaines expériences qui
sont le résultat de son existence terrestre. Ensuite, il atteint
le monde psychique où il se repose dans une sorte de sommeil,
jusqu'à ce que le temps soit venu pour lui d'entamer une nouvelle
vie sur terre. C'est ce qui arrive habituellement, mais certains
êtres sont plus développés et ne suivent pas ce processus.
L'âme sort, après la mort, dans
son corps subtil. Les souvenirs ne durent qu'un temps, et
non jusqu'à la naissance suivante, autrement l'empreinte en
serait si forte que la remémoration des vies passées, même
après que l'âme ait pris un nouveau corps, serait la règle
plutôt que l'exception. Si les relations d'une vie persistent
dans les vies successives, cela dépend de la force de l'attachement.
La renaissance ne remplirait pas son office si la même personnalité
répétait sans cesse les mêmes relations et les mêmes expériences.
Il n'est pas exact de dire qu'il y a après la mort une annihilation
complète de l'ego en ce qui concerne les formes de vie inférieures
à l'homme. Ce n'est pas l'ego qui se trouve en condition statique
de repos complet, mais l'être psychique qui, après s'être
dépouillé de son enveloppe vitale et des autres enveloppes,
se repose dans le monde psychique. Avant, il traverse le monde
vital et d'autres mondes sur son chemin vers le plan psychique.
Il est possible d'entrer directement
en contact avec les défunts tant qu'ils sont assez près de
la terre (ceux qui ont l'expérience occulte présument en général
que cela ne dure que 3 ans), ou s'ils sont attachés à la terre,
ou encore s'ils sont de ceux qui ne se dirigent pas vers le
plan psychique, mais s'attardent près de la terre et renaissent
rapidement. Il n'est guère aisé de se prononcer d'une manière
universelle sur ces sujets - il y a une ligne générale, mais
les cas individuels varient pour ainsi dire à l'infini.
Il y a après la mort, une période
au cours de laquelle on traverse le monde vital où l'on vit
pendant un certain temps. Seule la première partie de ce passage
peut être dangereuse ou pénible ; aux étapes suivantes, on
épuise dans un certain milieu,
ce qui reste des désirs et des
instincts vitaux que l'on avait dans le corps. Aussitôt qu'on
s'en est lassé et qu'on peut aller au-delà, l'enveloppe vitale
tombe et l'âme, passé le temps dont elle a besoin pour se
débarrasser de quelques survivances mentales, entre dans un
état de repos dans le monde psychique et y demeure jusqu'à
la suivante sur terre.
On peut aider les âmes qui sont
parties par la bienveillance ou par des moyens occultes, si
on a la connaissance. La seule chose qu'il ne faut pas faire,
c'est les retenir par le chagrin, par les regrets ou par tout
ce qui les tirerait plus près de la terre ou retarderait leur
voyage vers leur lieu de repos.
Il peut arriver à certaines personnes
de ne pas réaliser, pendant un temps assez long, qu'elles
sont mortes, surtout si la mort est imprévue ou soudaine,
mais on ne peut pas dire que cela arrive à tout le monde ou
à la plupart des gens. Certains peuvent entrer dans un état
semi-inconscient ou obsessionnel à cause d'une condition intérieure
ténébreuse créée par leur état d'esprit au moment de la mort,
dans laquelle ils ne se rendent pas compte de l'endroit où
ils se trouvent, etc. ... d'autres sont très conscients du
passage. Il est vrai que l'être qui s'en va dans le corps
vital s'attarde quelque temps près du corps ou des lieux où
il a vécu, très souvent pour une durée qui peut aller jusqu'à
8 jours et, dans les anciennes religions, on employait des
mantra ou d'autres moyens pour faciliter la séparation. Même
après la séparation d'avec le corps, une nature très liée
à la terre, ou pleine de désirs physiques intenses, peut s'attarder
longtemps dans l'atmosphère terrestre, jusqu'à une période
maximum de 3 ans. Ensuite, elle passe dans les mondes vitaux,
poursuivant son voyage qui tôt ou tard l'amènera au repos
psychique jusqu'à la vie suivante. Il est vrai aussi que le
chagrin et le deuil qui entourent les morts entravent leur
marche en les maintenant liés à l'atmosphère terrestre et
en les retenant ici. J'ignore tout d'une terrible souffrance
qu'endurerait l'âme au moment de la renaissance ; les croyances
populaires, même quand elles ont quelque fondement, sont rarement
éclairées et exactes. Le psychique est l'étincelle du Divin
involuée ici-bas dans l'existence individuelle. Il croît et
évolue pour devenir l'être psychique.
L'être psychique se tient derrière
le mental, la vie et le corps et les soutient ; de même le
monde psychique n'est pas un monde parmi d'autres dans l'échelle
des mondes, comme le monde mental, le monde vital ou le monde
physique, mais il se tient derrière eux et c'est là que les
âmes en évolution ici-bas se retirent pendant l'intervalle
entre deux vies. Il n'est pas question que les quelques-uns
qui sortent de l'Ignorance et qui entrent dans le Nirvâna
montent tout droit dans les mondes supérieurs de la manifestation.
Le Nirvâna est un état libéré de l'être, ce n'est pas un monde,
c'est un retrait hors des mondes et de la manifestation.
Il faut noter que les circonstances
de la naissance future sont déterminées fondamentalement,
non durant le séjour dans le monde psychique, mais au moment
de la mort : l'être psychique choisit alors ce qu'il devra
élaborer dans sa prochaine apparition sur terre et les circonstances
s'organisent elles-mêmes en conséquence.
Notez que l'idée qui fait de
la renaissance et des circonstances de la nouvelle une récompense
ou une punition correspond à une conception humaine rudimentaire
de la "justice" qui est à l'opposé de la philosophie
et de la spiritualité et déforme le véritable objet de la
vie. La vie ici-bas est une évolution et l'âme croît par l'expérience,
élaborant par cette expérience ceci ou cela dans la nature,
et s'il y a souffrance, c'est afin de mener à bien cette élaboration.
Ce n'est pas une sanction infligée par Dieu ou la Loi cosmique
en punition d'erreurs ou de faux pas qui sont inévitables
dans l'Ignorance.
L'être psychique, au moment de
la mort choisit ce qu'il va accomplir dans la prochaine vie
et détermine le caractère et les circonstances de la nouvelle
personnalité.
La vie sert à la croissance évolutive
par l'expérience dans les conditions de l'Ignorance, jusqu'à
ce qu'on soit prêt pour la Lumière plus haute. Le vœu formulé
par un mourant n'est que superficiel ; il peut être dicté
par le psychique et aider ainsi une forme à l'avenir, mais
il ne détermine pas le choix du psychique.
Le subconscient est l'instrument
de la vie physique et disparaît après la mort. Il est trop
incohérent pour avoir une existence organisée et durable »
Sri Aurobindo, philosophe de l’Inde |